Festival Belluard Bollwerk International

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Qu’est-ce que le cambium pour vous ?

Bertrand Dubois: Le cambium est une zone génératrice de matière située entre le bois et l’écorce d’un arbre. J’aime penser que c’est son espace de création. C’est peut-être là que l’arbre décide comment se développer. Est-ce qu’il pense lorsqu’il créé ou est-ce qu’il rêve ?
J’y vois aussi une analogie avec la vie : selon son environnement, chacun décide ce qu’il développe entre la charpente de son instinct et de ses convictions qui le tient debout et l’écorce de son apparence qu’il se construit pour s’intégrer ou se protéger.

D’où vous est venue l'idée de votre projet ?
Pour une exposition sur le thème de la décroissance, j’ai cherché un moyen d’assembler différents matériaux récupérés de manière à symboliser la nature et la vie. Tout ce qui décroît à forcément dû grandir…
Durant mon parcours j’ai travaillé comme technicien du son et j’ai collaboré à différents projets notamment d’expérimentations sonores, d’installations et de création sculpturales de grande envergure.
La nature, particulièrement les arbres et les œuvres monumentales me fascinent. Je considère la forêt comme la plus belle des galeries où chaque arbre est un artiste, une entité, une œuvre vivante.
Lorsque j’ai eu la chance de présenter une création personnelle dans une gigantesque halle industrielle, j’ai voulu rassembler toutes ces expériences et l’idée d’un arbre sonore s’est rapidement imposée à moi comme une évidence et un défi.
Pour citer des références, les travaux de Jean Tinguely et Nikki de Saint Phalle, en particulier les visites du jardin des tarots et du palais idéal de Ferdinand Cheval – avec qui je partage un passé d’employé postal – ont certainement eu un impact qui m’a poussé à développer ce type d’installation.
J’ai aussi été inspiré par plusieurs expériences de multidiffusion sonore marquantes, notamment les expérimentations de Bernhard Zitz avec qui je collabore depuis longtemps et qui m’a soutenu pour ce projet.

Quel est le lien entre le cambium et votre installation ?
Le projet s’articule autour d’un tronc en bois, ainsi tout ce qui est généré dans cette zone de création devient le cambium. Comme l’arbre, l’installation peut s’adapter à son environnement, ses possibilités sont illimitées.
J’invite la visiteuse, le visiteur à pénétrer dans le cambium et à s’assoir autour de l’arbre pour se laisser aller à l’écoute.

De quoi est composé l’installation et pourquoi avoir choisi ces matériaux recyclés ?
L’installation est composée principalement de matériaux de construction qui forment un tronc et de branches au bout desquelles sont suspendus 12 enceintes indépendantes diffusant des sons.
Cet arbre est dépourvu d’écorce et sans feuilles car il pousse de nuit. Il représente la vie et dénonce la surconsommation à l’aide de métaphores qui entourent les matériaux récupérés et mes choix esthétiques.
Des bobines ou tourets en bois constituent le tronc. J’ai spécialement traité ce support pour qu’il prenne un aspect vieux et rouillé.
Les branches sont réalisées avec des tubes et des électrodes de cuivre également traités pour s’oxyder. La couronne de l’arbre est délimitée par 12 branches munies de haut-parleurs.
Les enceintes ont été confectionnées avec des noix de coco. Elles forment un cercle sonore dirigé vers le pied de l’arbre.

Qu’apportent-ils au projet ?
Les bobines sont au nombre de 7, elles sont disposées de la plus grosse à la plus petite à mesure qu’elles s’empilent, ce qui peut rappeler les chakras ou les cycles de la vie ; on se fait largement embobiner au départ mais de moins en moins à mesure que l’on grandit…
En outre chaque bobine offre un support et/ou un espace d’exposition avec la possibilité d’être travaillée individuellement en module.
Les branches s’étendent depuis les étages supérieurs, permettant au public de se placer sous leur précieuse protection, mais elles attirent les coups de foudre.
Ces tubes et fils conducteurs servent littéralement et symboliquement à la fois à la protection des personnes et au transit de matière, d’énergie et de communications.
Le cuivre d’apparence vert de gris a été choisi pour sa malléabilité et symbolise une conscience écologique et la matière grise. Entre rigidité et souplesse, les branches doivent trouver l’équilibre nécessaire pour sortir du tronc et communiquer vers l’extérieur.
La noix de coco a une écorce ligneuse qui se prête parfaitement à la confection d’enceintes. Des coco-parleurs forment la couronne qui délimite l’œuvre et anime cet arbre de vie dont le fruit est permis à toutes les diffusions, puisque le terme coco peut être tour à tour affectueux ou méprisant.

Pourquoi jouer sur le volume des sons diffusés ?
Pour le thème de l’exposition précédente, j’ai imaginé une pièce en décroissance sonore. La multidiffusion sonore fait travailler l’attention et l’imagination, elle peut déstabiliser comme ouvrir des horizons.
J’aime expérimenter, découvrir et me surprendre. L’accident fait partie de mon processus de création.

Que vous apporte votre formation d'électricien dans votre travail artistique ?
Principalement des compétences techniques pour concrétiser des idées. Mais aussi l’habileté manuelle, la connaissance des matériaux. Pour Cambium je m’appuie aussi sur mon expérience de technicien du son et de musicien.

Comment s’est préparée la construction de cette œuvre aux dimensions monumentales ?
Lorsqu’on travaille avec des matériaux de récupération, il faut s’y prendre longtemps à l’avance pour réunir tout ce qui est nécessaire ou peut devenir utile. Sinon il faut faire avec ce que l’on trouve sur le moment. Cela implique d’avoir de la chance pour trouver ce que l’on veut et surtout d’un lieu de stockage et de création conséquent.
Comme l’œuvre s’adapte à son environnement, il faut prendre connaissance des dimensions de l’endroit. Avant d’entamer la concrétisation, la réalisation de croquis et maquettes à l’échelle aident à imaginer et mieux visualiser le résultat final.
J’ai besoin de tout préparer à l’avance pour m’imprégner du projet, le développer et m’assurer de sa faisabilité. Le travail en amont permet de raccourcir le temps de montage et d’anticiper les difficultés de réalisation.

Qu’est-ce qui nourrit votre réflexion artistique ?
La condition humaine et l’émerveillement pour la nature et la vie.
Tout ce qui m’entoure provoque tour à tour admiration, envie, colère, frustration... Ces émotions sont de puissants moteurs de création. Notre impuissance face aux non-sens et à l’absurdité de notre existence dans cette société de surconsommation dont l’ampleur nous dépasse m’amènent à relativiser et prendre la peine de me détacher pour mieux observer, admirer et partager mon sens et ma propre définition du beau.

Quel est votre rapport au thème de cette année, l’impact ?
La construction de l’arbre précédant a déjà eu un impact qui fait que je me retrouve au Belluard Bollwerk International !
Cet arbre de vie dépassait 8 mètres de hauteur et était pourvu d’une couronne de 6 mètres de diamètre composée de 24 tubes/branches, chacune munie d’un haut-parleur à son extrémité. Ces dimensions lui permettaient de répondre à la définition qui veut que, dans de bonnes conditions de croissance, un arbre à l’état adulte mesure au moins 7 mètres et soit pourvu d’une couronne définie.
Pour le festival, j’ai adapté ses dimensions et son esthétique à son environnement.
Avec des matériaux lourds et précieux j’espère provoquer un impact visuel et offrir une expérience sonore unique.

Quel impact espérez-vous avoir avec vos projets ou plus largement votre parcours artistique ?
J’espère transporter le visiteur dans une nature industrielle aux sonorités cosmiques et surnaturelles. J’espère transmettre et partager des émotions et de beaux souvenirs.
Ce projet appelle tant d’idée que je souhaite en réaliser plusieurs modèles et je rêve de les réunir en une forêt d’arbres embobinés interconnectés. Arbre-percussion, auto-alimentation solaire, auto-générateur de sons par le vent, support de végétaux abreuvés par la récupération d’eau de pluie, etc… J’aimerais aussi intégrer la notion d’espace-temps dans ce projet : elle nous fait voir l’arbre comme un être figé, dont les signaux sont trop lents pour être perçus et communiqués…
J’espère que des personnes seront prêtes à me soutenir pour développer mes projets artistiques et culturels, mais ça n’est pas la finalité du projet Cambium qui est avant tout une démarche, une vision personnelle et une expérience que je souhaite partager.