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Etes-vous vous-même un expatrié ? Pourquoi avoir choisi de quitter votre pays (si c'était un choix) ?

Abhishek Thapar: Oui et non, c'est un peu plus compliqué. Il y a des moments ou des situations où j'ai l'impression d'être un expatrié ; d'autres fois, je me comporte comme un expatrié ou dans certaines situations, on présume que je suis un expatrié. Je dirais donc que c'est très subjectif, selon le contexte social ou les situations particulières dans lesquelles je me trouve.
Je suis basé à Amsterdam depuis 4 ans maintenant ; je suis venu à Amsterdam pour poursuivre une maîtrise en théâtre au DAS Theatre. C'était un choix. Je voulais repenser ma pratique artistique. Je voulais aiguiser ma voix en tant qu'artiste indépendant. Quel genre de travail je veux faire, comment je veux m'engager avec le public.

Quelle est la différence selon vous entre un.e expatrié.e et un.e émigrant.e ? Comment définiriez-vous le parcours d'un.e expatrié.e ?
Un.e émigrant.e serait une personne qui quitte son pays de naissance ou d'origine et s'installe définitivement dans un autre pays - c'est ainsi que le dictionnaire d’Oxford le définit. Mais dans le monde globalisé dans lequel nous vivons aujourd'hui, je me demande combien d'émigrant.e.s confirmeraient cette certitude maintenant. Je pense que les expatrié.e.s sont un sous-ensemble des émigrant.e.s. Iels se déplacent d'une ville à l'autre, d'un emploi à l'autre en fonction des possibilités économiques et/ou de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Leur chemin pourrait être tracé en relation avec le paysage financier, économique et culturel mondial qui est toujours en ébullition, ne suivant pas la ligne à vol d'oiseau - une ligne droite entre deux endroits. Le prochain arrêt n'est jamais défini, souvent inconnu.

Selon quel(s) critère(s) les expatrié.e.s ont été sélectionné.e.s ?
Ce travail comporte deux volets importants : raconter des histoires et partager un repas. J'avais envie de travailler avec des expatrié.e.s qui ont une relation plus profonde avec la nourriture et qui ont un don pour raconter des histoires. Mais je demande toujours à mes collaboratrices et collaborateurs ce qu'iels aimeraient tirer de ce projet. En ce sens, nous trouvons donc un terrain d'entente où nous pouvons nous rencontrer, collaborer et apprendre ensemble.

Trois personnes qui vous accompagnent et vous-même êtes indien·ne·s. Y a-t-il un lien entre ce projet et la culture indienne ?
L'idée initiale du projet a été développée en étroite collaboration avec Rinku Kalsy, Vaishali Nanda et Sahil Sahni ; nous sommes toustes d'origine indienne. Le processus de recherche s'est déroulé à travers de longues conversations, en passant du temps ensemble à cuisiner et à partager des histoires sur la nourriture, la nostalgie, la culture, les souvenirs et aussi leur relation avec la ville d'Amsterdam. La nourriture fait partie intégrante de chacune de nos vies, nous venons toustes de régions géographiques différentes du pays, nous avons grandi avec des cultures, des langues et des types de nourriture différents. C'est un chaudron qui mixe expériences, histoires culinaires et saveurs. Cuisiner et manger ensemble a une valeur communautaire, c'est un espace intime, qui rassemble les gens. C’est aussi grâce à eulles que je me sentais un peu chez moi à Amsterdam. Nous avons ensuite pensé à l'étendre à un public plus large.

Où se situe la création dans cette approche très biographique ?
La composition s'éloigne d'un récit autobiographique pour s'étendre à des questions plus larges sur la migration, la culture alimentaire, l'histoire, mais aussi la politique de l'alimentation. Le menu est également préparé en relation avec les histoires.

Quel lien au pays d'origine ("home") produit le fait d'être un expatrié ? Est-ce que la nourriture est la manière pour se (re)connecter à ses origines ? Et si oui, pourquoi ?
Je dirais que c'est l'une des façons de se connecter ou de se retrouver. La nourriture - c'est l'odeur, la chaleur, les couleurs, la texture, tout cela nous ramène à nos souvenirs, à notre passé, à l'endroit où nous sommes né.e.s, aux histoires avec lesquelles nous avons grandi et que nous avons emportées.

Quel est votre rapport au thème de cette année, l'impact ?
Ce projet se (re)cré in situ, car je travaille avec trois expatrié·e·s basé·e·s à Fribourg. J'espère qu'à travers ce cadre, je sois capable de donner de l'espace aux voix, qui autrement ne seraient pas entendues et j'espère qu'iels pourront trouver un lien avec le public en dehors du cadre du festival.

Quel impact espérez-vous avoir avec votre projet ou plus généralement avec votre pratique artistique ?
Mon travail plonge dans la complexité des récits, brisant les notions préconçues de politique identitaire, de récits historiques, d'idéologies politico-religieuses, de discours sur la migration et de questions environnementales. En tant que metteur en scène, j'engage mon auditoire dans un discours critique des épistémologies postcoloniales qui se concentrent sur les problèmes actuels du monde globalisé.
Par mon travail, je cherche à créer un état d'"incertitude" où de nouvelles pensées ou d'autres perspectives peuvent émerger, permettant ainsi au public de se réengager dans le monde grâce à un autre point de vue. Je crois que mon travail répond à des questions sociales et politiques, en révélant des couches de problèmes de plus en plus enracinées dans des formats participatifs ces derniers temps. Dans mon travail, la déconstruction et la reconstruction sont des outils importants utilisés pour aborder une situation ou un scénario réels avec le public. Par la participation, j'essaie de changer la notion de spectatrice et spectateur, qui passe d'un état statique à un citoyen actif, en les faisant passer à l'action.